Mon Maine Coon a cassé mon avion, et je n’aurais pas dû être surpris

J’ai deux passions qui, pendant longtemps, ne se sont jamais croisées. L’aéromodélisme, qui tient dans un carton d’atelier et occupe mes dimanches matin dans un champ à la sortie du village. Et Milo, huit kilos de Maine Coon, qui occupe tout le reste.

Jusqu’à ce mardi matin où j’ai trouvé mon avion par terre, une hélice fendue en deux, et Milo installé dessus comme sur un trophée.

Pourquoi lui, et pas un autre chat

En y repensant, l’accident n’avait rien d’un accident. J’avais posé l’appareil sur la table de la salle à manger en rentrant, comme toujours, en me promettant de le ranger le lendemain. Une aile qui dépasse, un empennage qui vibre au moindre courant d’air, des gouvernes qui bougent toutes seules. Pour un chat, ce n’est pas un objet, c’est une invitation.

Le Maine Coon a ceci de particulier qu’il ne recule pas. Là où un autre chat observe à distance et finit par se désintéresser, lui s’approche, tend la patte, teste. Ajoutez sa taille, une table n’est pas un obstacle pour lui mais une marche, et vous obtenez exactement la scène que j’ai découverte ce matin-là.

Ce n’est pas l’hélice qui m’a inquiété

L’hélice, je l’ai remplacée le week-end suivant. Ce qui m’a mis mal à l’aise, c’est ce que j’ai vu en ramassant les morceaux : la batterie LiPo posée à dix centimètres, deux vis de fixation par terre, un connecteur sous la chaise.

Mon appareil n’est pas un modèle d’initiation en mousse. C’est un avion télécommandé professionnel, près de deux mètres d’envergure, hélice rigide, batterie de forte capacité. Entre deux sessions, un engin pareil ne se range pas vraiment, il se pose. Et un objet posé, pour un Maine Coon, est un objet disponible.

Les risques, une fois qu’on prend la peine de les lister, n’ont rien d’abstrait. Une hélice rigide entaille un coussinet. Une batterie LiPo percée par une canine peut chauffer très vite et libérer des vapeurs irritantes. Une vis de deux millimètres avalée finit au mieux dans la litière, au pire chez le vétérinaire. Et pour ceux qui montent des kits, la colle cyanoacrylate et l’époxy ne sont pas plus fréquentables qu’un flacon de produit ménager laissé ouvert.

Ce que j’ai changé dès le lendemain

Armoire fermée, et non étagère haute. C’était mon erreur de départ. Je croyais qu’un mètre quatre-vingts mettait le matériel hors d’atteinte. Un Maine Coon adulte y monte sans même prendre d’élan.

Boîte hermétique pour toute la visserie, les connecteurs et les petites pièces détachées. Ce sont elles le vrai danger, pas l’avion.

Sac de charge ignifugé posé au sol, à l’écart des passages, jamais en équilibre sur un meuble d’où il pourrait tomber.

Milo dans une autre pièce quand je fais tourner le moteur au sol. Le sifflement d’hélice se situe pile dans les fréquences aiguës auxquelles les chats réagissent le plus vivement.

Un coup d’aspirateur après chaque séance de découpe. Les copeaux de balsa et la poussière de dépron finissent toujours par se loger dans un pelage, et un Maine Coon passe beaucoup de temps à se toiletter.

La table est vide, maintenant

Je n’ai pas arrêté le modélisme et je n’ai évidemment pas renvoyé mon chat. J’ai simplement cessé de traiter mon matériel comme du mobilier, et repensé la sécurité de mon logement dans son ensemble. Il vit désormais dans une armoire, au même titre que les médicaments et les produits d’entretien, et pour exactement la même raison.

Si vous partagez votre logement avec un Maine Coon et une passion qui implique des petites pièces, des lames ou des batteries, faites l’inventaire vous-même. Sinon un mardi matin s’en chargera à votre place.